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Entre xMOOC et cMOOC … redonner du sens à la présence ?

Lors d’un webinaire organisé pour les « Dix ans de T@d », j’ai abordé la question de la rencontre entre les xMOOC (des MOOC plutôt transmissif) et les  cMOOC (d’approche résolument connectiviste) avec le concept de Classes inversées (Flipped Classrooms). J’avais décrit il y a quelque temps les aspects pédagogiques de cette nouvelle vague en introduisant certaines questions relatives à « mais que vont devenir les campus ? »  sur un ton un tout petit peu provocant du style « De qui se mooc-t-on ? »

Dans ce billet, je souhaite avancer quelque peu dans cette réflexion dans le sens d’une hybridation (souhaitable selon moi) entre la présence (ce qui se fait ou devra se faire sur le Campus du XXIème siècle) et la distance (l’externalisation des savoirs, les compétences exercées dans les communautés d’apprentissage ou de pratiques en ligne).

Ma première réflexion sera de partir de l’hybridation, selon moi, le chemin de l’innovation. Cette dernière ne choisit pas généralement entre les polarisation exacerbées des « pour » et des « contre », entre le « côté obscur » et le « côté clair de la force ». Elle s’insinue dans les pratiques et les usages en les modifiant lentement … mon cynisme (oui, oui, parfois) par rapport à ces déclarations tonitruantes se transforme en pragmatisme dans l’action sous approche expérimentale … à la recherche de cohérences.

Allez on y va.

1. Les dispositifs hybrides, un chemin pour l’innovation

Le mot « dispositif » est fréquemment utilisé dans la littérature et ce dans différents domaines : appareillage sophistiqué, stratégie militaire, campagne de presse … Nous entendons par dispositif un ensemble cohérent constitué de ressources, de stratégies, de méthodes et d’acteurs interagissant dans un contexte donné pour atteindre un but. Le but du dispositif pédagogique est de faire apprendre quelque chose à quelqu’un ou mieux (peut-on faire apprendre ?) de permettre à « quelqu’un » d’apprendre « quelque chose » (Lebrun, 2005).

En ce qui concerne l’hybridation, nous la considérons comme un mélange fertile et en proportions variables de différentes modalités de formation, en présentiel et à distance (Charlier, Deschryver et Peraya, 2006) mais aussi entre des postures d’enseignement transmissif (l’enseignement au sens strict n’exige plus la présence physique en un temps et un lieu donnés, mais peut sortir de l’ex-cathedra pour atteindre l’étudiant où il se trouve) et des postures davantage liées à l’accompagnement de l’apprentissage.

Les dispositifs hybrides que nous considérons ici sont ainsi supportés par une plateforme technologique (un rassemblement d’outils) et leur caractère hybride provient d’une modification de leurs constituants (ressources, stratégies, méthodes, acteurs et finalités) par une recombinaison des temps et des lieux d’enseignement et d’apprentissage : il s’agit donc bien d’un continuum dont une dimension est liée au rapport présence-distance et une autre au rapport « enseigner »-« apprendre ». On trouvera une intéressante typologie des dispositifs hybrides dans l’article de Burton et al. (2011), un fruit de la recherche Hy-SUP à laquelle nous participons.

Burton, R., Borruat, S., Charlier, B., Coltice, N., Deschryver, N., Docq, F., Eneau, J., et al. (2011). Vers une typologie des dispositifs hybrides de formation en enseignement supérieur. Distances et Savoirs, 9(1), 69–96.

Charlier, B., Deschryver, N. et Peraya, D. (2006). Apprendre en présence et à distance. Une définition des dispositifs hybrides. Distances et Savoirs, 4(4), p. 469-496.

L’image ci-dessus présente une vue caricaturale (les pôles dont nous avons parlé) de « l’enseignement traditionnel ». Le « Cours » a lieu en temps et lieu fixés. L’apprentissage (vous connaissez, « on ne peut pas apprendre à la place de quelqu’un d’autre », « on n’apprend pas en ligne, on apprend en soi » …) se passe bien souvent dans la solitude …

Le tableau se complète … Les savoirs sont externalisés (ils l’étaient déjà avec le livre !), les documents, les médias, les MOOC le transmettent largement. Ils sont aussi et déjà accessibles dans ce que nous apprenons de manière informelle … en dehors de la classe. L’apprentissage, lui, est aussi social … on apprend toujours tout seul mais jamais sans les autres, selon l’aphorisme de Philippe Carré (l’Apprenance 2005). Vous l’avez compris, les classes inversées se nichent dans les images éclairées de la figure ci-dessus : Lectures at home and HomeWork in classes, disais-je.

2. Le chemin se poursuit dans le « virtuel » … Le flip s’étend dans le MOOC

Autour de cette conceptualisation des Classes inversées (encadrée en bleu sur la figure ci-dessus), nous avons indiqué des lignes d’évolution intégrative (le multimédia ne « remplace » pas le livre tout comme la tradition orale est bien toujours présente, le connectivisme n’élude pas la réalité du constructivisme …) à la fois technocentrée (en haut) et pédagogico-centrée (en bas). xMOOC et cMOOC nous arrivent en peu de temps en fait (depuis 2008) avec leurs potentiels (j’insiste sur ce mot) qu’il s’agira d’actualiser dans nos contextes, dans nos cadres de vie. En particulier, cette « mise à distance » des savoirs et des compétences à exercer et à développer nous revient, comme dans une sorte d’effet boomerang, pour nous interroger sur la présence. Très positivement et dans une perspective humaniste, nous devons nous interroger sur les valeurs ajoutées de ces avancées fantastiques promues par les technologies actuelles. Nous n’avons pas le cerveau vide, nous avons le cerveau libre … serons-nous assez intelligents pour profiter de ce potentiel (j’insiste à nouveau) émancipateur.

De manière plus schématique, voici comment je vois cette position des Classes inversées au sein des mouvances actuelles des MOOC … Une chance à saisir pour les Campus !

3. Plongée en abîme : la reconsidération de la présence … réorganise la distance !

Nous avons présenté une autre forme d’hybridation entre xMOOC et cMOOC (cette fois ci purement « à distance ») dans la formation eLearn2 que nous organisons actuellement.

Ce x-c-MOOC eLearn2, une hybridation entièrement à distance, est construit ainsi :

1) Une formule tutorée qui concerne une trentaine de participants (de l’UCL, une vingtaine d’enseignants et de Lyon, une dizaine). Ils viennent avec un projet de mise en ligne d’une formation et les instituts de pédagogie universitaire de ces institutions (IPM à Louvain et iCap à Lyon) les accompagneront pendant 25 semaines dans la construction de leur cours en ligne. Cette formation « formelle » en ligne donne droit à un certificat d’université (à Louvain) et un DU (à Lyon) de 10 crédits.

(2) Un xMOOC, constitué à l’heure actuelle d’environ 1200 participants (la Communauté eLearn2) qui suivent les mêmes modules de formation (des vidéos, des exercices, des tâches) que les premiers mais ici, c’est la communauté elle-même (un cMOOC donc) qui s’auto-organise pour l’accompagnement … Il est super intéressant de voir cette communauté poser des questions, se répondre, proposer des activités, tenir leurs Blogs … Des participants lancent des visioconférences en ligne, organisent des recherches … La formation continue de demain …

Originalité : c’est deux formations emboitées (le coeur des 30 participants tutorés et la communauté eLearn2) se déroulent sur la toute nouvelle plateforme (Claroline Connect) que nous avons développée en concertation avec Lyon .. une plateforme de nouvelle génération qui permet de soutenir la communauté et de faire interagir les participants. Cette plateforme qui a été présentée il y a deux semaines (lors de notre conférence des utilisateurs de Claroline à Oujda, Maroc) est à la fois le support technique et l’objet de la première semaine de formation : découvrir la plateforme mais aussi faire remonter les bugs découverts vers les développeurs …. Une plateforme proche des utilisateurs qui travaillent avec nous à la parachever : une forme de codesign … En quelques semaines, par cette interaction entre les utilisateurs et les développeurs, un travail de plusieurs mois a été effectué !

(3) Plus loin encore, nous avons créé « autour » de la plateforme Claroline Connect un réseau Google+ de personnes curieuses, intéressées … Un lien entre la plate-forme ancrée institutionnellement (Claroline Connect) et le réseau mondial (Google+)

Nous pensons que notre initiative qui allie la formation accompagnée et la formation ouverte préfigure peut-être l’enseignement de demain suite à l’externalisation de la transmission des connaissances prônée par les xMOOC. Une formation « locale » et hybride (les 30 participants accompagnés) plongée dans une communauté connectée via une plateforme, le tout plongé dans le réseau mondial … Nous avons représenté cette structure dans le dessin ci-dessous.

Merci pour vos commentaires, vos avis … et si cela vous plait bien, partagez !


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17 comments to Entre xMOOC et cMOOC … redonner du sens à la présence ?

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