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Les classes inversées : intégration d’idées pédagogiques anciennes pour une réelle innovation

Introduction : répondre ou débattre

Ce billet portera sur la contribution de deux collègues, Alain Beitone et Margaux Osenda, qui ont publié « La pédagogie inversée : une pédagogie archaïque » (des extraits de cet article seront proposés en bleu ci-dessous)

Il ne s’agit pas pour moi de « répondre » à leurs arguments ou de les démonter en tentant de démontrer combien le propos serait incorrect, inapproprié, fallacieux … Je l’ai souvent dit : en matière d’innovation (gardons ce concept pour le moment), il me paraît important de considérer tous les points de vue même ceux envers lesquels, personnellement et subjectivement, on ne peut d’emblée marquer son accord. En effet, les propos des thuriféraires et autres évangélistes doivent être considérés avec circonspection voire méfiance, ceux des « grognons » (comme je les appelle chaleureusement) avec attention en ce qui concerne les alarmes qu’ils nous envoient. Les propos des uns et des autres, considérés dans leurs extrémités caricaturales, témoignent tous les deux d’une recherche inassouvie de « la vérité » (à propos de l’école, de ce qu’elle devrait être, par exemple) qui se traduirait par des normes auxquelles il conviendrait d’adhérer. S’il y avait une théorie de « la gravitation universelle » en pédagogie, ça se saurait. Notre avis est que cette « vérité » est plurielle sous-tendue par des dimensions (non nécessairement contradictoires mais plutôt orthogonales) qui balisent un vaste panorama constitué de pratiques effectives et de référents, il est  vrai, bien souvent implicites : les élèves ne sont pas des particules élémentaires et la tentation des sciences de l’éducation d’adopter les paradigmes des sciences exactes me semble bien illusoire. Ce sont ces tensions qui déterminent l’évolution à la fois de ces pratiques et de ces idées et la connaissance de celle-ci permet à chacun, en connaissance de causes, d’agir, d’expérimenter, de construire son chemin, son apprentissage … à la recherche de nouveaux équilibres toujours à reconsidérer. Une certaine façon d’apprendre … ou de concilier de manière interactive doxa (les opinions par exemple) et episteme (la Science).

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Je reprendrai donc certains éléments de l’article en question (en bleu), non pas pour les démonter, mais pour les mettre en dialogue (socratique) avec d’autres interprétations permettant ainsi au lecteur de progresser et pourquoi pas d’expérimenter à son tour en praticien réflexif.

 


La classe inversée n’a rien d’innovant ! Encore ces pédagogies actives déjà fort anciennes ! Et la recherche qui ne nous dit rien ou pas grand-chose

La pédagogie inversée : une pédagogie archaïque

Introduction

Comment expliquer cette mobilisation institutionnelle en faveur d’une innovation qui, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas fait la preuve de son efficacité pédagogique et didactique ? La réponse est assez simple : l’un des axes de la « loi sur la refondation de l’Ecole » est formulé ainsi : « L’école change avec le numérique ». Dès lors, tout ce qui permet de favoriser le recours au numérique (TICE) sera soutenu par le ministère. Il se trouve que cette idée enthousiasme aussi les vendeurs d’ordinateurs et autres « tablettes numériques » et que les élus locaux qui dotent les écoles, les collèges et les lycées, de matériel informatique sont tout heureux qu’on les utilise en inversant la classe.

L’argument est proposé pour comprendre l’implication (l’engouement) des structures institutionnelles dans le mouvement de « la classe inversée » (un terme – en substitution à « pédagogie inversée » – que je préfère à ce niveau car il s’agit davantage de changements au niveau de la classe que d’un bouleversement de la pédagogie : la classe inversée est une stratégie pédagogique héritière du constructivisme, du socio-constructivisme et d’autres courants déjà bien établis). Si l’école change (doit changer) avec le numérique, ce n’est pas tant une affaire d’outils ou de ressources numériques que de comportements, principalement dans le rapport aux savoirs et aux rôles des acteurs. L’école doit changer avec le numérique car son ambition est de préparer les élèves à vivre et à oeuvrer dans une société déjà et très largement devenue numérique (le choix est déjà fait !). Comme on le dira plus tard, des pionniers ont pratiqué l’inversion sans le recours au numérique … mais on ne peut dire à la fois que cette « pédagogie » est archaïque et qu’elle serait le fruit d’une société en voie de transformation par le numérique ou encore la source d’intérêts juteux attendus par les vendeurs de tablettes. Tout au plus, le numérique a donné une impulsion à la diffusion de cette pratique. Fille du numérique (considéré comme technique), non. Fille d’une société en transformation, oui.

Trois traits caractéristiques de l’innovation sont présents  dans le mouvement relatif à la classe inversée : (1) il s’agit d’une émergence propulsée par les enseignants eux-mêmes (la participation au congrès CLIC est illustrative de cette effeversecence et de la diffusion, de la percolation dans les pratiques), (2) cette émergence pionnière est adoptée voire accommodée à large échelle par d’autres praticiens et (3) le mouvement est considéré, soutenu, parfois porté par la structure … Que ce soit les travaux d’Everett Rogers sur l’adoption des innovations ou encore ceux de Charlier, Bonamy et Saunders (les pionniers, les enclaves, les têtes de pont, les pratiques ancrées), on remarque bien cet effet de percolation progressive des idées de quelques uns dans la ou les structures.

 

Enfin, les partisans habituels de la doxa éducative se sont convertis très vite à la pédagogie inversée en soulignant qu’au fond il s’agit d’une utilisation de leurs idées fort anciennes : l’élève au centre, le refus de la « pédagogie descendante », le travail de groupe, la « co-construction » du savoir, etc. On a donc là une puissante coalition d’intérêts qui permet d’expliquer le succès de la pédagogie inversée.

Oui, la classe inversée est à la rencontre de plusieurs courants qui ont traversé et traversent le champ de l’éducation.  On cite souvent les pratiques de Célestin Freinet comme précurseur aux classes inversées (utiliser des technologies de l’époque, relier la classe à la société qui l’entoure et à laquelle elle prépare …). Oui, peut-être, mais ces pratiques annonciatrices n’ont pas vraiment « fait école » ou ne se sont que fort peu déployées. L’évolution de la société et sa complexification nous conduisent à la recherche d’autres cohérences ou d’autres équilibres. Cette cohérence est à souligner comme signe de la robustesse de l’approche. Cette rencontre, encore à structurer, est potentiellement (seulement) fertile pour construire une cohérence pédagogique entre :

  • les objectifs, les compétences à développer chez les apprenants, plus récemment des acquis d’apprentissages (ou Learning Outcomes), ce que « l’étudiant sait, comprend, est capable de faire et de, lui-même, le démontrer »;
  • les méthodes d’apprentissage en particulier celles congruentes aux facteurs d’apprentissage comme les méthodes actives et interactives, les approches par situations-problèmes, par études de cas, les apprentissages collaboratifs ;
  • les approches innovantes de l’évaluation (certificative mais aussi formative, l’évaluation par les pairs, les approches réflexives);
  • et enfin, en nous répétant, les changements induits par le numérique dans son sens le plus large non limité à l’informatique ou à la technique (rapport aux savoirs, aux rôles, l’externalisation des ressources de connaissances, les nouveaux modes de médiation et de relations). Il ne s’agit pas comme auparavant de « numériser l’école » mais de prospecter d’autres rapports aux savoirs et aux rôles pour continuer à apprendre toute la vie durant en s’appuyant sur l’externalisation des ressources de connaissances et sur les nouveaux modes de médiation et de relations induits par le numérique.

 

On ne peut qu’être frappé par le fait qu’il existe très peu de travaux tentant de répondre à ces questions (Bissonnette et Gauthier, 2012). Certes, beaucoup de textes militants rédigés par des partisans enthousiastes de la pédagogie inversée circulent, mais ils ne reposent pas sur la posture de distanciation critique qui nous semble nécessaire si l’on veut évaluer les effets d’une méthode d’enseignement.

N’oublions pas que le mouvement de « la classe inversée » est fort récent. Néanmoins, au-delà de textes militants (bien souvent adeptes du « côté clair »), des articles scientifiques récents (à charge et à décharge) sont disponibles :

  • Marco Guilbault et Anabelle Viau-Guay, « La classe inversée comme approche pédagogique en enseignement supérieur : état des connaissances scientifiques et recommandations », Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur [En ligne], 33-1 | 2017, mis en ligne le 06 mars 2017, consulté le 05 juillet 2017. URL : http://ripes.revues.org/1193
  • Marcel Lebrun, Coralie Gilson et Céline Goffinet, Vers une typologie des classes inversées : Contribution à une typologie des classes inversées : éléments descriptifs de différents types, configurations pédagogiques et effets, Education et formation, e-306, Janvier 2017, http://revueeducationformation.be/index.php?revue=25&page=3
  • Vincent FAILLET, La pédagogie inversée : recherche sur la pratique de la classe inversée au lycée, Rubrique de la revue STICEF, Volume 21, 2014, ISSN : 1764-7223, mis en ligne le 04/05/2015, http://sticef.org

 


Rien de bien nouveau sous le soleil, il s’agit là d’éléments très répandus de la doxa pédagogique.

I.Qu’est-ce que la pédagogie inversée ?

I.1. Un conte de fée pédagogique

De très nombreux professeurs adoptent l’un ou l’autre de ces manuels et le suivent scrupuleusement avec leurs étudiants qui doivent lire les chapitres avant le cours. Les séances collectives en amphithéâtre servent à répondre aux questions, revenir sur des points délicats, aider les étudiants qui n’ont pas pu résoudre les exercices qui figurent en annexe des différents chapitres.  On ne voit donc pas quelle est l’originalité d’E. Mazur et, s’il s’agit bien de « classe inversée », on peut constater qu’il ne s’agit pas d’une innovation, mais d’une pratique fort ancienne […]. Rien de bien nouveau sous le soleil, il s’agit là d’éléments très répandus de la doxa pédagogique.

Ce premier point, sur le ton « il était une fois … », fait le tour de quelques pionniers comme Eric Mazur, Salman Kahn, Jon Bergmann et Aaron Sams … Personnellement, je cite fréquemment mon professeur de première année d’université qui utilisait en effet un textbook dans un schéma de classe inversée … c’était en 1972. La classe inversée est-elle dès lors une innovation ? Même si cette interrogation est inintéressante au possible (il ne s’agit pas de « faire moderne », d’innover … pour innover, nous l’avons dit ci-dessus), il nous faut comprendre ce qu’est une innovation :

  • Même si l’outil ou l’usage sous-jacent ne sont pas nouveaux, le terme innovation se réfère toujours à un contexte donné particulier, une communauté, un service, un individu. Que quelqu’un dans le monde ait déjà, bien avant, mis en place une telle pratique ne change rien dans la considération qu’un autre individu, ailleurs, l’adopte et l’adapte à son contexte personnel, voire la fasse connaître à d’autres dans son environnement.
  • En outre, pour être qualifiée d’innovation, il faut encore que cette pratique percole dans le système, se diffuse, provoque des échanges, en bref soit catalytique.


La pédagogie inversée contre « le traditionnel » … tout contre ?

I.2. Pédagogie inversée ? Mais de quoi s’agit-il ?

Les présentations de cette démarche sont nombreuses et très semblables. Par exemple : « La classe inversée – flipped classroom selon sa désignation anglo-saxonne – est une approche éducative apparue aux États-Unis à la fin des années 1990, pour laquelle la leçon est librement accessible sous format numérique (très souvent vidéogramme en ligne mais aussi diaporama, site web, etc.) ou sous format littéral (livre de classe, polycopié, etc.), à charge aux élèves de la travailler – phase d’acquisition – en amont, hors de la classe. Le temps de présence en classe, est mis à profit, quant à lui, pour des exercices applicatifs et des phases dialoguées explicatives d’une part entre élèves et d’autre part, entre élèves et professeur » (Faillet, 2014, p. 652). Voilà donc en quoi réside l’inversion : le temps passé en classe par le professeur et les élèves, au lieu d’être utilisé à un « exposé du savoir » par le professeur est consacré à des activités coopératives entre professeur et élèves (d’où une dimension d’instruction par les pairs). Marcel Lebrun, dans une vidéo du site Canopé, distingue la pédagogie traditionnelle où on enseigne en présentiel et on apprend à distance et la pédagogie inversée où on enseigne à distance et où on apprend en présentiel. Dans ce qui est appelé « approche traditionnelle » on suppose donc que le professeur enseigne en présence d’élèves qui n’apprennent pas (ne s’approprient pas les connaissances), cet élément essentiel étant renvoyé au travail à la maison dans le cadre duquel les élèves ont seuls la charge de l’appropriation des savoirs. Sur la base d’une présentation aussi caricaturale de la « pédagogie traditionnelle », la classe inversée apparait comme une révolution copernicienne : il s’agit de faire apprendre les élèves en présentiel ! Tout l’argument repose donc sur la véracité de la présentation de la pédagogie traditionnelle.

Comme je l’ai dit en introduction, décrire des pratiques, un panorama des pratiques ne peut se réduire à la seule considération de quelques dimensions toutes facilement réfutables : l’enseignant ne ferait-il donc que de transmettre des savoirs en classe, des savoirs que l’apprenant pourrait très bien apprendre seul « à la maison » (ou mieux sans l’intervention ou la supervision directe de l’enseignant) ? L’élève n’apprend-il donc pas en classe et l’enseignant n’accompagne-t-il pas l’apprenant dans son apprentissage ? L’un contre l’autre, l’un avec l’autre ? On l’aura compris, je l’espère, ces dimensions (en gros une pédagogie centrée sur l’enseignant et une pédagogie centrée sur l’élève) sont caricaturales (je l’admets) mais sont énoncées afin de faire comprendre la variété de pratiques sous-tendues … il s’agit selon moi d’ingrédients à malaxer (à scénariser) afin d’optimiser ce qui est recherché : l’apprentissage de l’élève. Le concept de classe inversée (« la classe inversée », Flipped Classroom) a démarré il y a une dizaine d’années avec un slogan « Lectures at home and homeworks in class » (Les leçons à la maison, les devoirs en classe). Ce slogan, tout en portant déjà l’idée d’une hybridation entre présence (en présence de l’enseignant) et distance (en autonomie), prêtait évidemment le flanc à différents propos adversaires à la stratégie en question (isolement de l’apprenant, dépossession  des fonctions de l’enseignant …) et l’article dont nous débattons est en droite ligne de cette vision dépassée de la classe inversée. Les lecteurs de mon Blog ont bien perçu cette évolution qui conduit de la classe inversée aux classes inversées; Les concepteurs des Flipped Classroom, Bergmann et Sams aussi en rebaptisant le concept initial par Flipped Learning; mes recherches de 2016 ont montré combien le concept initial s’était transformé.

Cependant, et quitte à mattirer les foudres des évangélistes enclins à l’absolutisme et les reproches des grognons pour mon relativisme, je reste convaincu, rejetant la paresse intellectuelle de la catégorisation, qu’un bon enseignement repose sur un large principe de variété des apprentissages : on apprend en faisant, en expérimentant, en cherchant par soi-même, certes mais aussi en écoutant, en imitant … Tout en restant tellement heureux de transmettre mes quelques savoirs (un peu comme donner la vie en quelque sorte), je suis aussi partisan et de longue date des méthodes actives. Cependant, je reste capable aussi de présenter voire de défendre certains « avantages » du « traditionnel » pour mieux consolider à la fois mon argumentaire et mes pratiques actives. A un point tel, qu’un jour un collègue m’a demandé « si je retournais ma veste ». C’est dans l’interaction des contraires que se construit la connaissance bien loin des immobilismes et des replis que fécondent « le côté clair » ou « le côté obscur » de toute invention humaine conceptuelle ou pratique. L’analyse et la synthèse de ces contraires aboutit à une pensée davantage systémique. Le propos n’est pas de remplacer l’un par l’autre mais de rechercher les équilibres possibles entre l’enseigner et l’apprendre, entre présence et distance, entre informations et connaissances, entre savoirs et compétences. Pour cela, pour se faire comprendre, il faut parfois forcer le trait … j’en ai pourtant rencontré de futurs enseignants, des enseignants en fonction aussi qui confondaient « enseigner » et « apprendre ».

Néanmoins, une version trop étriquée de la classes inversée (avec un accent fort sur l’enseignement porté en ligne par le truchement de vidéos) comme celle mise sur le billot dans l’article que nous analysons, risque en effet de conduire à une fossilisation des pratiques (exposé de la matière, réponse aux questions s’il y en a, exercices d’application) sans bénéfice substantiel. Redonner du sens à la présence à l’heure de l’externalisation des savoirs tel est le véritable enjeu de la classe inversée … encore faut-il (savoir) le faire.

Mes observations m’ont cependant montré que la prise en compte de l’inversion (ce que j’ai appelé Type 1, la classe inversée originale) conduisait effectivement certains enseignants à modifier les pratiques en classe. D’autres ont étendu le concept original en modifiant les pratiques à distance (il ne s’agit dès lors plus -seulement- d’une transmission virtualisée des savoirs) : les élèves sont ainsi chargés d’aller chercher eux-mêmes les savoirs – de manière guidée ou ouverte – et de les ramener en classe (ce que j’ai appelé Type 2). De nouveau et au sein même du concept de classe inversée, deux tendances s’affrontent entre « savoirs transmis à assimiler » et « savoirs à découvrir et à construire » … C’est pourquoi, dans une optique toute systémique, j’ai proposé un Type 3 – les classes inversées, le pluriel est important – dans lequel les deux approches se renforcent mutuellement … Traditionnel virtualisé (par l’usage des vidéos) et pédagogie ancienne (je pense à Piaget, Freinet, Vigotsky, Bruner … mais aussi à Socrate ou à Ibn Khaldoun) enfin réconciliés. L’un, l’autre ? Non, les deux à la fois. On est donc selon moi bien loin de :

C’est en raison de ce caractère simplement expositif considéré comme suffisant pour accéder au savoir que nous parlons d’une pédagogique archaïque à propos de la classe inversée

 


La classe inversée : une pédagogie inégalitaire … pour mieux tenir compte des différences

I.3. Affirmez, affirmez, il en restera toujours quelque chose !

Pourquoi la pédagogie inversée apparait-elle comme un moyen efficace d’aider les élèves en difficulté ? Comment cette efficacité est-elle mesurée ? Comment cette efficacité (si elle existe) est-elle expliquée ? Nous n’en saurons rien. Aucun argument ni aucune enquête empirique ne sont mobilisés pour fonder cette affirmation. Les lecteurs sont priés de partager la croyance des auteurs quant à « l’apparition » d’un moyen efficace de lutter contre les inégalités.

Si l’enseignement dans nos pays (la France, la Belgique …) sont parmi les plus inégalitaires, il nous faudra quand même bien mettre en question les formes de l’enseignement actuel et tenter d’autres approches. L’une de nos hypothèses est que les savoirs de l’école sont par trop désincarnés (essentiellement episteme) pour que les élèves puissent réellement en comprendre à la fois l’essence et la pertinence pour comprendre le monde (doxa) et contribuer à son évolution : on leur enseigne les trois lois de Kepler sans leur dire qui est Joannes Kepler, sans leur expliquer en quoi les énoncés de ces « lois », dans un mouvement caractéristique de la Renaissance, signifient un acte libératoire de la pensée jusque-là subordonnée aux dieux tout-puissants, sans en donner la compréhension qu’elles nous offrent du Cosmos bien au-delà de leur pouvoir calculatoire. Ainsi, la classe inversée, dans sa version originale, le Type 1, en s’appuyant – en partie du moins – sur l’externalisation des savoirs à large échelle permise par le numérique, transforme l’espace-temps de la classe en un autre lieu de compréhension (prendre avec soi). Une autre hypothèse est que, tout comme l’apprentissage n’est pas un « coller-copier » de l’enseignement (ça se saurait) et malgré la robustesse et la pertinence des lois, des modèles, des théories … l’humain les interprète, les reconstruit en fonction du déjà-là et du « pas encore là ». La « bonne réponse » ne peut faire oublier, n’oblitère pas les connaissances – même si naïves – construites antérieurement dans des cadres informels, au départ des perceptions, des vécus … et il y a là sources d’inégalités que le savoir formel ne peut combler. C’est pourquoi, nous avons proposé un Type 2 dans lequel la classe devient un atelier de déconstruction, reconstruction des savoirs récoltés par les élèves eux-mêmes : contextualiser, décontextualiser, recontextualiser … C’est de la variété, du conflit entre les idées et les perceptions qua naîtra la vérité (c’est cela le foisonnement épistémique qui m’est reproché dans la suite de l’article en question).

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Les inégalités ou mieux les différences sont mieux prises en charge dans les pratiques des classes inversées. C’est un fait que nous avons mis en évidence dans nos recherches (notre article de 2017, ci-dessus). Que ce soit au niveau des contenus travaillés par les élèves, des processus (des dispositifs) mis en place par les enseignants, des productions attendues de la part des élèves, nous avons observé des différences très significatives entre les pratiques usuelles et les pratiques inversées et au sein de ces dernières, des différences entre les différents types que nous avons mis en évidence.

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On me dira sans doute qu’il s’agit de déclarations d’enseignants qui pratiquent, qui sont donc suspects … je dirai « oui, justement ».

 


La classe inversée : des résultats incertains

Nous l’avons déjà évoqué, les défenseurs de la pédagogie inversée (comme, de façon générale les promoteurs de diverses innovations pédagogiques) procèdent par affirmations péremptoires. Ils supposent sans doute que la répétition de ces affirmations conduira en fin de compte à les faire considérer comme allant de soi. Nous allons soumettre à examen critique quelques-unes de ces affirmations. […] La pédagogie inversée a-t-elle des effets positifs sur les apprentissages des élèves ?L’article de Bissonnette et Gauthier (2012) montre, à la suite d’une méta-analyse des travaux existants, que l’on ne peut pas conclure par l’affirmative à cette question. Mais ces auteurs sont sans doute suspects de conservatisme pédagogique aux yeux des adeptes de la pédagogie inversée.

 Oui, cela ne m’étonne pas trop. Beaucoup de recherches portant sur les effets de différentes initiatives pédagogiques (utilisation de technologies, mises en place de méthodes pédagogiques particulières …) conduisent bien souvent à des constats en demi-teinte. A un point tel que des chercheurs férus de ces méta-analyses, en ont déduit une sorte de phénomène baptisé no significant differences (pas de différences significatives). Nous avons déjà eu l’occasion de commenter ces résultats décevants pour les uns, rassurants pour les autres (il n’y a pas de différence, ça aurait pu être pire), douteux pour certains. A une autre échelle, l’enquête PISA 2015-2016 et le travail proposé par l’OCDE (Connectés pour apprendre) concluaient à propos des usages du numérique : les pays qui ont consenti d’importants investissements dans les TIC dans le domaine de l’éducation n’ont enregistré aucune amélioration notable des résultats de leurs élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences. Nous avions apporté trois commentaires à ces constats :

  • Bien souvent, nous constatons que l’adoption trop rapide d’une nouvelle technologie (prenons le TBI, tableau blanc interactif) ou d’une nouvelle pratique conduit à l’observation fréquente d’une fossilisation des pratiques : on refait avec le nouveau outil ou avec la nouvelle pratique ce qu’on faisait avant (il s’agit en partie du niveau S – Substitution – du modèle SAMR. En termes d’apprentissage, il s’agirait d’assimilation davantage que d’accommodation. Bref, les résultats sont fort peu différents … parce qu’il n’y a pas de différences fondamentales dans les processus.
  • Ensuite, ces nouveaux outils, ces nouvelles pratiques sont souvent porteuses d’intention (d’objectifs) visant à étendre ou à apporter des valeurs ajoutées à l’apprentissage. Sans exclusive, on dépasse le niveau des savoirs (comprendre, appliquer …) pour tenter d’accéder à des compétences telles la créativité, le travail d’équipe, l’esprit critique, la communication. Mais à l’heure de l’évaluation, ce sont les savoirs qui sont interrogés (en savent-ils tout autant ? en savent-ils plus ?) bien souvent par des questionnaires normalisés (pour pouvoir comparer). Bref, les résultats fort peu différents nous apprennent qu’il n’y a pas de perte au niveau des savoirs … les apports sont sans doute « ailleurs » hors de portée des évaluations actuelles.
  • Et finalement, même si on tentait de mesurer ces effets-là (les compétences), on pourrait se poser les questions suivantes : forme-t-on vraiment les élèves pour qu’ils développent ces compétences (sans penser par un cours d’esprit critique) ? Forme-t-on vraiment les enseignants à ces pratiques fertiles en développement de compétences ?

 


Des capsules vidéos motivantes en soi … comme les jeux vidéos

La question de la « motivation » des élèves et de leur « participation active » comme moyen d’apprentissage efficace est souvent mise en avant par les partisans de la pédagogie inversée. Par opposition au cours « traditionnel » qui serait « magistral » et « ennuyeux », la pédagogie inversée permettrait de rendre les élèves « actifs » ce qui favoriserait leur réussite : « la pédagogie inversée incite les élèves à être plus actifs en classe et à devenir véritablement acteurs de la construction de leurs savoirs à travers les différentes activités qui leur sont proposées ». Cette pratique pédagogique s’inscrit donc dans le courant des « pédagogies novatrices » visant à promouvoir les « méthodes actives ».  Celles-ci correspondent à un ensemble de procédés dont l’objectif est de « mettre en activité » les élèves. Dans cette optique, favoriser la participation des élèves pour les « motiver » devient un objectif majeur. Un argument fréquemment avancé consiste à dire que les élèves sont familiers avec les écrans et que le seul fait de passer d’une forme ennuyeuse (le cours du professeur) à une forme ludique (l’écran du téléphone, de l’ordinateur ou de la tablette) motiverait les élèves. On aimerait comprendre comment la motivation à participer à un jeu vidéo est transférée par magie au fait d’écouter un professeur expliquer en voix off une démonstration mathématique.

Je ne puis que partager très positivement les premières lignes de la citation ci-dessus. Oui, apprendre est une opération intellectuelle qui ne peut être réalisée que par l’individu lui-même (je le dit souvent « on ne peut apprendre à quelqu’un d’autre » ou encore « pédagogie active, un pléonasme »). Par contre, réduire la motivation ressentie par les élèves à la seule présence des capsules vidéos révèle soit une mauvaise compréhension des facteurs de motivation (voir par exemple les ingrédients proposés par Rolland Viau) soit de la place exacte de la vidéo dans la classe inversée. Par contre « regarder une vidéo » n’a rien de très stimulant et cette injonction risquerait de conduire à la même inactivité que celle imputée au cours magistral. Mais il ne s’agit pas de cela : le contenu du cours étant partiellement à la fois objectivé dans la capsule vidéo et manipulable, il peut (il doit) faire l’objet d’une activité (d’application, d’analyse, de synthèse …) qui dépasse la simple visualisation. Tout cela demande des consignes claires, une tâche précisée à accomplir … ce qui est bien loin d’une pédagogie de l’invisible, de l’inexplicite ou encore de surface que décrit la suite de l’article.

 


Une pédagogie centrée sur l’élève qui va apprendre seul

L’affirmation revient souvent : « Le dispositif de classe inversée permet le passage d’un modèle centré sur le professeur vers un modèle centré sur l’apprenant afin de répondre aux besoins individuels de chacun. L’idée de base est la suivante : « Il vaut mieux utiliser le temps de regroupement en classe pour interagir et travailler ensemble que de laisser une seule personne exposer, en l’occurrence le professeur » (Roussel et alii, 2013). Dans le même sens : « L’enseignant est un accompagnateur : il va passer de groupe en groupe, apporter de temps en temps des corrections, guider, recentrer… depuis que j’enseigne avec cette approche, j’ai vraiment le sentiment d’être plus utile, de ne plus être face aux élèves mais avec eux » (Rachedi, 2015, p. 27). Nous sommes toujours dans le discours de l’affirmation, de l’expression d’un « sentiment ».

Encore une fois, si l’on comprend la classe inversée uniquement comme un moyen de transmettre les savoirs habituellement transmis par l’enseignant en classe, il ne s’agit de rien d’autre que d’une pédagogie centrée sur l’enseignant même si ce dernier est en quelque sorte virtualisé. Cette compréhension restreinte prête le flanc à la plupart des critiques : des élèves peu motivés, des enseignants à la fois dépossédés mais qui reste l’oracle des savoirs à léguer, une tradition orale qui se transforme tout en perdurant … J’aurais bien envie de dire que la classe inversée s’appuie en effet sur des principes pédagogiques archaïques qu’elle remet en vigueur en les installant enfin dans les pratiques (une synthèse de maïeutique, de behaviorisme, de constructivisme, d’apprentissage social …). Et pourquoi cette centration sur l’élève serait-elle plus efficace ? Une confusion lexicale me semble à l’origine de cette empoignade : en français, enseigner et apprendre sont quasi-synonymes car « on peut apprendre quelque chose à quelqu’un ». Par extension, j’enseigne, donc ils apprennent. Il suffit pourtant de regarder les résultats des élèves pour se rendre compte que ce « copier-coller » des savoirs du maître vers le cerveau des élèves ne fonctionne pas. En espagnol ou en anglais cette confusion n’existe pas : selon les dictionnaires de la langue anglaise « to learn someone something » n’existe pas ou alors est le fait de personnes … mal éduquées. Apprendre ne se réduit pas à être enseigné, c’est à l’apprenant d’apprendre, lui seul peut le faire. Enseigner, c’est donner à cet apprenant des occasions d’apprendre. Apprendre à son tour est multifactoriel : on apprend en écoutant (oui aussi), en expérimentant, en s’exerçant, en échangeant avec d’autres, en cherchant du sens … oui, tout cela à la fois.

 


La classe inversée : une systémique en mille morceaux

Marcel Lebrun articule la classe inversée et le cycle de Kolb […]. On est donc dans la fameuse pédagogie inductive qui repose sur une épistémologie empiriste et pragmatiste. Cette démarche inductive est explicitement revendiquée par d’autres défenseurs de la pédagogie inversée qui affirment vouloir développer une « approche inductive suscitant les essais et les erreurs dans une perspective de régulation continue par et avec les étudiants et l’enseignant » (Nizet et Mayer, 2016 p.4). Tout serait pour le mieux dans la doxa pédagogique si les mêmes auteurs n’affirmaient pas que la pédagogie inversée permet « une exposition préalable systématique et explicite aux connaissances théoriques » (Nizet et Meyer, 2016, p.5). Le lecteur de bonne volonté est plongé dans la perplexité. 

Selon moi, il s’agit là d’une mauvaise ou très partielle interprétation du cycle de Kolb. Ce cycle comme son nom l’indique, repose sur une alternance entre phases de contextualisation (partir des expériences concrètes, des vécus … pour mieux donner du sens – c’est mon Type 2) afin de préparer la phase de décontextualisation (la nécessité de la théorisation, de la modélisation … la classe inversée de Type 1 intervient ici) … Induction et déduction se complètent ainsi.

 

 

 

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Nous avions en effet comparé la systémique des Types 1 et 2 (conduisant au concept pluriel des classes inversées) au cycle de Kolb qui doit être considéré dans son ensemble et pas seulement dans ces deux premières phases (1 et 2) qui relèvent en effet de l’induction. Les étapes 3 et 4 sont de nature plus déductive. De manière plus conceptuelle, nous pouvons alors imaginer que les différentes activités (1 à 4)  deviennent des « événements d’apprentissage » à organiser au sein de différents scénarios. En voici un donné ici à titre d’exemple (les numéros se réfèrent à ceux de la Figure) :

1 (Type 2, distance) : hors la classe, individuellement ou en groupe, chercher les informations, instruire la thématique, ramener des éléments des contextes visités, les structurer quelque peu, préparer une petite présentation d’une manière originale … Les compétences visées seraient : recherche d’informations, validation, analyse, synthèse, créativité …

2 (Type 2, présence) : présenter, en classe, les informations et ressources trouvées, identifier les différences et repérer les similitudes avec les propositions des autres élèves ou d’autres groupes, vivre un « conflit » socio-cognitif, expliciter les préconceptions, faire émerger les questions, les hypothèses … Les compétences visées seraient : communication, analyse, réflexivité, modélisation …

3 (Type 1, distance) : hors la classe selon le schéma initial des classes inversées, prendre connaissance des théories, relever les éléments pertinents pour la thématique investiguée, préparer une synthèse, exercer le fonctionnement du modèle … Les compétences visées seraient : apprendre, faire des liens, mémoriser, se poser et préparer des questions, modéliser …

4 (Type 1, présence) : en classe à nouveau, consolider les acquis, faire fonctionner le modèle ou la théorie en regard des thématiques investiguées, préparer le transfert par l’approche d’autres situations … Les compétences visées seraient : comprendre, appliquer, investiguer les limites, transférer à d’autres contextes …


Les savoirs sont partout, il ne reste qu’à les prendre pour apprendre

De ce fait, la fonction de transmission des savoirs est externalisée : « la partie transmissive de la connaissance peut s’appuyer fortement sur les outils technologiques de production multimédia incluant la captation. La diffusion par le réseau et l’accessibilité aisée aux ressources numériques d’enseignement, via différents terminaux, permettent à l’apprenant d’acquérir les connaissances d’une façon asynchrone et en autonomie. Ainsi la classe est réservée pour échanger et interagir autour des connaissances acquises séparément » (Roussel et alii, 2013, p. 11) […] C’est supposer résolu un problème central : la transformation des savoirs en connaissances ne peut se limiter à la réception d’informations (même en vidéo). Elle suppose des interactions sociales, et notamment le rôle du professeur, qui doit repérer les obstacles aux apprentissages et donner aux élèves les moyens de les franchir […] Toute formation authentique suppose de rompre avec le sens commun, de remettre en cause des représentations jusque-là admises, d’opérer des sauts cognitifs vers des approches et des concepts plus abstraits et dotés d’une plus grande portée heuristique. Bref, c’est ce qui est ardu qui est important et qui permet vraiment de progresser dans les apprentissages et la pensée autonome. Or, les défenseurs de la classe inversée nous disent que quand c’est ardu, on en revient au cours dialogué qui est plus efficace.

Il est question dans les paragraphes suivants de l’accessibilité de plus en plus grande de ressources, d’informations et de savoirs sur la Toile. C’est un fait qu’un simple examen permet de confirmer. Les praticiens des classes inversées, tout en s’appuyant sur des ressources numériques véhicules de savoirs, me semblent convaincus que ce n’est pas là l’essence de la classe inversée. Plutôt, ils souhaitent se consacrer davantage, au-delà de la transmission pure et simple et sans nier son intérêt, à l’appropriation des savoirs par les apprenants, à la transformation de ceux-ci en connaissance. Encore une fois, limiter la pratique de la classe inversée à l’utilisation de vidéos est tout à fait restrictif. Redonner du sens à la présence là est l’objectif. Dans cette vision, proclamer la fin de l’enseignant alors qu’il s’agit de se doter des moyens pour mieux exercer le métier formidable d’accompagnateur d’apprentissage est forcément réducteur.

Dans le cas du Type 2, les élèves sont parfois invités à aller chercher des savoirs « bruts » sur Internet. Comme nous l’avons dit, il s’agit essentiellement de donner du sens (contextualiser) et d’éveiller les questions auxquelles la théorie pourra répondre. Nous enseignons trop souvent des réponses aux questions que les élèves ne se posent pas. Evidemment, les savoirs établis (normalisés, validés …) côtoient les contre-vérités, les opinions fantaisistes, fallacieuses … Selon nous, être capable « de distinguer le vrai du faux » devient une compétence primordiale à laquelle les apprenants doivent être formés très tôt à leur niveau certes. La tendance de croire qu’il suffirait de présenter la vérité pour remplacer leurs conceptions naïves, spontanées (qu’elles soient internes – ce que l’individu s’est construit – ou externes – les informations qu’il reçoit par son exposition aux contextes) est largement mise en question : faire contre ou faire avec, une vieille question des didacticiens.


Apprendre tout seul devant son écran … et les autres ?

On semble considérer aujourd’hui comme allant de soi (et cela concerne la doxa éducative dans son ensemble et pas seulement la classe inversée) qu’il faut individualiser les parcours de formation et personnaliser les apprentissages. Mais est-ce bien certain ? Apprendre est une aventure collective qui repose sur des interactions sociales. L’activité d’un groupe au travail pour apprendre dépend souvent de la construction d’une intelligence collective qui vise précisément à rendre intelligible ce qui ne l’était pas jusque-là. Apprendre suppose de coopérer, de mettre à la disposition de tous ce que l’on a compris et comment on l’a compris, de faire appel au groupe pour parvenir à franchir un obstacle cognitif. Bref l’idéal est de rapprocher la classe d’une situation idéale de parole où l’échange public d’arguments fondés en raison permet de se soumettre à la norme du vrai. Faire de chaque apprenant un individu qui apprend seul, avec parfois l’aide de l’enseignant, est pour le moins discutable et réducteur. C’est pourtant ce que suppose la classe inversée.

De nouveau, une interprétation très basique de la classe inversée, dans laquelle l’élève apprendrait seul devant son écran (ceci étant considéré comme la modalité principale). Comme je l’ai dit, la critique qui se base sur un seul élément d’une chaîne d’activités orchestrées en vue de favoriser l’apprentissage sans en appréhender la systémique, ne peut être que réductrice. Il suffit selon moi d’examiner les témoignages des enseignants qui pratiquent (et qui en échangeant entre eux collaborent et apprennent ensemble) pour comprendre combien le collaboratif est aussi présent à ce niveau.

L’article de nos deux collègues continue par la critique (toujours intéressante) de différentes capsules vidéos. Nous ne commenterons pas cette partie sauf à dire deux choses maintes fois répétées ici :

- La classe inversée ne peut se réduire à l’utilisation de capsules vidéos. Néanmoins celles-ci, comme les autres productions à portée éducative, doivent correspondre à des critères de qualité de forme et de fonds

- Je ne puis juger de la pertinence d’une production vidéo (de qualité donc) à portée éducative que si je sais comment cette dernière est utilisée dans le dispositif dans son entier et comment les élèves sont informés des tenants (l’explicitation des objectifs) et des aboutissants (la ou les productions effectives et attendues au delà du « regarder la vidéo »)

- Ce dispositif étant alors connu, je dois pouvoir juger de la cohérence interne (entre les objectifs, les méthodes, les évaluations) et externe (dans le programme, par rapport aux référentiels …).

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